L'accès à un service public en ligne suppose de pouvoir prouver son identité. Des millions d'Africains ne possèdent pas de titre d'identité fiable. La commune, premier point de contact avec l'administration, est au cœur de la résolution de ce paradoxe.
Le lien entre identité numérique et commune repose sur une réalité simple : c'est l'officier d'état civil communal qui enregistre les naissances et les décès. La qualité du registre local conditionne la fiabilité de toute la chaîne d'identification. Faire de la commune un guichet de confiance pour l'enrôlement numérique, c'est capitaliser sur cette proximité, à condition de relever plusieurs défis.
L'enrôlement de proximité offre l'avantage de la couverture territoriale et de la connaissance du tissu social. Mais il suppose un état civil communal numérisé et fiable, ce qui est loin d'être acquis. De nombreux registres sont incomplets, détériorés ou conservés dans des formats inexploitables. L'enrôlement numérique peut devenir l'occasion de reconstituer une base assainie, à condition d'y consacrer les moyens humains nécessaires.
Le risque d'exclusion doit être anticipé. Les populations sans domicile fixe, les nomades, les personnes âgées dont les empreintes digitales sont altérées peuvent se trouver écartées des systèmes biométriques. L'Inde en a fait l'expérience avec Aadhaar : malgré une couverture inégalée, le système a exclu des millions de personnes des prestations sociales en raison d'échecs biométriques, et a fait l'objet de critiques documentées sur les fuites de données et les atteintes à la vie privée, allant jusqu'à des contentieux devant la Cour suprême. Ces réserves ne disqualifient pas l'identification numérique, mais elles rappellent qu'un dispositif de cette ampleur doit intégrer des mécanismes de recours et des canaux alternatifs.
La protection de la vie privée constitue un autre point de tension. La collecte de données biométriques par les communes exigerait un cadre juridique protecteur, un consentement éclairé des citoyens, et une infrastructure de stockage hautement sécurisée. Plusieurs communes allemandes ont renoncé à la reconnaissance faciale dans l'espace public à la suite d'analyses d'impact imposées par le règlement européen sur la protection des données.
Enfin, l'identité numérique ne remplace pas l'accompagnement humain. Des pays très avancés dans l'identification électronique, comme la Suède, ont déployé des agents numériques dans les bibliothèques pour aider les personnes qui ne maîtrisent pas l'outil. Une commune africaine peut s'inspirer de cette logique : un agent municipal formé accompagne le citoyen dans la création de son identité numérique et dans ses premières démarches en ligne, sans jamais se substituer à lui.
L'identité numérique est un levier d'inclusion si elle est déployée avec prudence, subsidiarité et transparence. La commune, parce qu'elle est l'échelon le plus proche du citoyen, doit en être un acteur central, mais aussi un garde-fou.
